Abidjan Capital du rire

Le conseil d’État a décidé à son audience du jeudi 28 septembre d’annuler les élections municipales dans la localité de Gohitafla ,qui avait vu la victoire de l’honorable Naya Jarvis Zamblé.

La réaction de la plus jeune député ne s’est pas fait attendre, sur sa page Facebook, elle est revenue sur les événements qui se sont déroulés lors de ce scrutin, mais aussi sur les menaces d’un ponte du pouvoir RHDP dont elle est membre.

Elle s’est exprimée en ces termes: Le mardi 25 juillet 2023, une scène choquante et révoltante s’est déroulée à l’auditorium du Sofitel Hôtel Ivoire, à Abidjan. Alors que je participais à une session du parlement réuni en congrès où le Président de la République devait annoncer son message à la nation, j’ai été confrontée à des menaces d’une extrême violence de la part de Monsieur Ibrahim Cissé Bacongo.
Ce spectacle surréaliste a eu lieu en présence de plusieurs députés et sénateurs stupéfaits par ces propos inacceptables et par ce manque d’élégance affiché en plein jour à l’endroit d’une jeune élue de la nation. Pourquoi ai-je, en tant que plus jeune députée de Côte d’Ivoire, été exposée à un tel déferlement de menaces d’une cruauté aussi choquante. Pourquoi une telle animosité à mon égard ? Pourquoi un tel mépris ?

Pourquoi ce comportement misogyne ?

C’est malheureux de le souligner mais, dans notre société, les femmes en politique font face à une opposition plus virulente que leurs homologues masculins. Et, cette scène vécue en était l’illustration parfaite.

Vous ne le croirez peut-être pas, mais mon crime, pour le secrétaire exécutif du RHDP, était ma volonté affichée de devenir madame le maire de Gohitafla, la terre de mes ancêtres afin de poursuivre l’action de développement que j’ai débutée depuis de longues années.

La furie du secrétaire exécutif du RHDP à mon endroit résultait du fait que j’avais décidé d’être une candidate indépendante contre le maire sortant, le poulain de son disciple le ministre Zoro Bi. Il avait donc décidé d’en faire une affaire personnelle. Comprenait-il véritablement le sens de la démocratie…

Nonobstant le fait que la commission régionale d’arbitrage du RHDP, elle-même, avait désavoué le choix de son poulain à mon profit en début d’année 2023, messieurs Bacongo et  Zoro Bi avaient balayé du revers de la main les recommandations dudit conseil en imposant leur volonté, c’est-à-dire le choix du maire sortant.

Dans une telle atmosphère et cette gestion anti démocratique, il était difficile en tant que jeune de s’y retrouver. Après le décès du premier ministre Hamed Bakayoko, je me suis sentie telle un agneau au milieu d’une meute de loups. Refusant d’être l’épicentre de querelles internes au niveau du parti, je décidai donc de m’en remettre uniquement à la volonté du peuple et de me présenter comme candidate indépendante.

En effet, devant les sollicitations pressantes de la population de Gohitafla, je ne pouvais rester sourde à l’appel de mon peuple et je le fus comprendre à la direction du RHDP. En démocratie, le pouvoir appartient au peuple. Pourquoi ne pas s’y soumettre nonobstant l’appartenance à un parti politique ?

Mais ce que j’ignorais, était que monsieur Cisse Bacongo en a fait une affaire personnelle en décidant de m’humilier. Mes proches et moi avons même reçu des menaces, des intimidations qui ont fini par alourdir l’atmosphère à Gohitafla peu avant les élections. Les témoins sont là et les preuves matériels sont disponibles.

Plusieurs de mes proches ont été bastonnés. Certains ont été interdits d’exercer leurs activités par des personnes prétextant agir sous la bénédiction de messieurs Cisse Bacongo et Zoro Bi et ne craignant pas de répondre de leurs actes devant la justice.

Consciente de la pertinence de ces menaces et des signaux annonçant une fraude électorale, j’ai personnellement informé le commandant de brigade, le préfet de Gohitafla ainsi que le préfet de région sur ce qui se tramait à Gohitafla. Les autorités administratives nous avaient rassuré, alors, sur le fait que force resterait à la force publique pour garantir la sécurité du scrutin. J’avais aussi souligné notamment auprès de la CEI et des autorités administratives que plusieurs agents de la CEI notamment le président de la CEI locale avait été aperçu faisant campagne pour le compte du maire sortant. Je détenais des preuves vidéos. Malgré mon insistance, pour les démettre avant le début du scrutin ils y ont été maintenus.

Le jour des élections, nos craintes se sont avérés. En effet, le samedi 02 septembre, voyant l’échec à l’horizon, aux environs de 18 h 30 min, au moment du dépouillement, des individus, dont les chefs de file ont été formellement identifiés, l’un répondant au pseudonyme Drogba, de son nom de famille BALLO  agent à la mairie de Gohitafla et beau-frère du maire sortant, et l’autre TRA BI FRANCIS, chauffeur du maire sortant pendant la campagne, armés de fusils et de machettes ont fait irruption dans le bureau de vote de Dorifla, village situé à quelques encablures de la ville. Ils y ont saccagé le matériel électoral et brutalisé les agents de la CEI, qui ont pris la fuite, laissant tout derrière eux. La nouvelle de cette casse d’urne m’avait fortement attristé.

Malgré toutes ces manigances, le verdict des urnes était sans équivoque. J’ai remporté les élections municipales à Gohitafla. La fille de Gohitafla avait relevé le défi mais certains ne l’entendaient pas de cette oreille.

Aujourd’hui, cette victoire m’a été arrachée. La volonté des habitants de Gohitafla de me choisir comme maire a été bafouée par une poignée d’individus qui sont visiblement au-dessus des lois.

Au lendemain du scrutin, le maire sortant, candidat du RHDP et perdant, annonçait déjà que le ministre Zoro Bi, magistrat, et Monsieur Cissé Ibrahim Bacongo exerceraient des pressions pour faire annuler les élections. Ces cyberactivistes l’avaient aussi annoncé sur les réseaux sociaux et le maire sortant avait contacté tous les candidats pour leur dire que l’élection serait annulée.

Comment se fait-il qu’un candidat perdant ait déjà eu en sa possession le verdict du Conseil d’État avant même le jour de l’audience ? D’où lui venait une telle assurance ? devrions-nous avoir confiance au verdict que donnerait le conseil d’état ? les dés étaient-ils pipés ?

Perdre une élection et accepter le résultat des urnes et le choix du peuple ; voilà qui semblerait être trop demandé à une catégorie de gens qui prétendent agir au nom du président de la République pour intimider les faibles mais qui en réalité agissent pour leurs propres intérêts. Des hommes sans foi ni loi.

Pourtant, en début d’année, Monsieur le Président Alassane Ouattara avait proclamé que cette année serait dédiée à la jeunesse. Cependant, ce que nous observons sur le terrain, c’est que cette jeunesse est combattue, battue, et maintenue dans le silence.

Sommes-nous vraiment dans une démocratie, ou bien dans une dictature de certains démocrates ?

Chères mamans, chers papas, chères sœurs, chers frères, chers jeunes, et chère population de Gohitafla, je vous sais meurtri par ce qui s’apparente à une injustice. Mais ne vous laissez pas intimider, ne vous laisser pas décourager. Ne laissez personne vous ravir votre choix. Ne permettons pas à l’injustice de régner en maître. Restons mobilisés pour que notre démocratie retrouve son honneur.

Comme pour les législatives, sortez nombreux le jour du scrutin, pour leur faire mordre la poussière une troisième fois !

« Pour la mémoire et pour l’histoire, je me suis exprimée », a-t-elle conclu.

MS

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