Il rêvait de cent ans de chanson. « 100 ans de chanson » et « 100 ans de protection dans mon corps », chantait DJ Arafat dans son titre « C’est moi ». Des paroles qui résonnent aujourd’hui avec une étrange intensité. Sept ans après sa disparition, ces mots rappellent surtout le destin brutalement interrompu d’un artiste qui avait encore tant à offrir à la musique ivoirienne.
Le 12 août 2019, Ange Didier Houon, connu sous le nom de DJ Arafat, disparaissait à l’âge de 33 ans, après un accident de la circulation survenu la veille à Abidjan, dans la commune de Cocody, à Angré 7ᵉ tranche. Transporté dans un établissement sanitaire après l’accident, l’artiste n’a pas survécu à ses blessures.
Depuis, chaque 12 août ramène la mémoire du « Yôrôbô » au premier plan. Son nom reste attaché à une période particulièrement forte du coupé-décalé, dont il a été l’une des figures les plus populaires et les plus influentes.
Révélé au grand public au début des années 2000 avec « Jonathan », DJ Arafat va progressivement construire un univers musical reconnaissable entre mille. « Kpangor », « Zoropoto », « Dosabado », « Enfant béni » et plusieurs autres titres vont contribuer à installer durablement son empreinte dans le paysage musical ivoirien.
Mais DJ Arafat ne s’est pas seulement distingué par ses chansons. Son personnage, son énergie, ses chorégraphies, ses provocations et ses nombreux surnoms ont participé à faire de lui une véritable figure de la culture populaire. « Yôrôbô », « Daïshikan » ou encore « Beerus Sama » sont devenus des identités successives d’un artiste qui cultivait une relation particulière avec son public.
Cette relation avait d’ailleurs donné naissance à une appellation devenue indissociable de son héritage. DJ Arafat appelait affectueusement ses admirateurs les « Chinois ». Au fil des années, ce terme s’est transformé en véritable marqueur de son univers et de la fidélité de son public.
Sa disparition avait provoqué une onde de choc considérable en Côte d’Ivoire. Quelques semaines après sa mort, des milliers de personnes avaient pris part aux hommages organisés en sa mémoire à Abidjan, témoignant de l’ampleur de son influence. Ses funérailles avaient notamment rassemblé une foule immense au stade Félix-Houphouët-Boigny, avant son inhumation au cimetière de Williamsville.
Sept ans ont passé. Le paysage musical ivoirien a changé, de nouveaux visages ont émergé et d’autres tendances se sont imposées. Pourtant, les chansons de DJ Arafat continuent de traverser les générations. Son nom demeure présent dans les conversations, ses titres continuent d’être repris et son parcours reste régulièrement évoqué lorsqu’il est question de l’histoire du coupé-décalé.
Celui qui promettait symboliquement cent ans de chanson n’aura finalement vécu que 33 années. Une carrière courte, mais suffisamment intense pour laisser une empreinte durable.
Le 12 août 2026, sept ans après avoir définitivement déposé le micro, DJ Arafat continue ainsi d’exister à travers ses chansons, ses souvenirs et cette génération qu’il avait rassemblée autour de son univers. Sa voix s’est tue, mais son œuvre, elle, continue de résonner.
Toussaint Konan



