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Guillaume Kigbafori  Soro Ex president de l’assemblée nationale Ivoirienne ,president du GPS en exile en France  a adressé une lettre ouverte, à Amon Tanoh Marcel, ex ministre des Affaires Etrangères d’Alassane Ouattara,  après le choix porté par ce dernier sur Amadou Gon Coulibaly pour etre le candidat du partis au pouvoir  RHDP à la présidentielle d’octobre prochain.

Guillaume Soro a fait cette publication sur son site web en ses termes:

Mon cher Marcel,

Le temps, cet autre nom de Dieu, rassemble toujours et immanquablement les âmes sincères. D’abord, permets-moi d’utiliser un canal inhabituel pour m’adresser à toi. Bien sûr, il ne m’échappe pas que j’aurais pu directement te passer un simple coup de fil et nous nous serions parlé comme à l’accoutumée. Mais, cette lettre, je la veux comme un témoignage vivant. Si en plus je la veux ouverte, c’est parce qu’il s’en vient dans la vie des hommes que des récits demeurent pour la postérité.

Si jeune écolier, collégien et étudiant j’ai connu le nom Amon Tanoh, c’est parce qu’il était de notoriété. En effet, à l’école primaire, on nous faisait apprendre sur nos cahiers scolaires les noms des ministres sous Félix Houphouët-Boigny. Aujourd’hui, cela peut paraître surprenant pour nos enfants. En plus, la Côte d’Ivoire était si stable dans son administration qu’on avait en effet le temps de connaître les noms de nos ministres au même titre que la table de multiplication. Aujourd’hui, il y’a quasiment un gouvernement toutes les semaines. A peine veux-tu en féliciter un que celui-ci en est déjà éjecté. Bref ! Disons que j’ai connu ton père dans les livres avant que toi-même tu ne me présentes à lui. Quel sachant ton père ! Il m’a littéralement ébloui par sa science et son savoir, en plus d’être pétri d’une grande humilité qui est la marque des grands hommes.

Cher Marcel,

Te souviens-tu de notre première rencontre ? Moi je m’en souviens comme si c’était hier. Ta réputation d’homme austère t’avait précédée et c’est avec quelque appréhension que j’envisageais notre premier rendez-vous. Quelle ne fut ma surprise de voir un homme certes à l’allure stricte mais d’une franchise vraie. L’ancien séminariste n’a pu s’empêcher d’y voir de la convergence des valeurs de justice et de loyauté. Quelquefois point trop n’en faut pour déceler la vraie amitié, la vraie fraternité.

Oui, à l’époque, en 2000, tu résidais dans cette villa que j’ai bien connue à côté du centre culturel américain à Cocody, ainsi que les bureaux que tu possédais à côté de la clinique PISAM. Quel lieu de refuge secret ce fut pour nous. Si je te dis des mots et des phrases qui font sens pour les initiés, t’en souviendras-tu ? « Mike le War ! », « Pas un kopeck », « Dr Collins » … Certains nous ont devancé ad patres. Que Dieu ait leurs âmes

Mon cher Marcel

Qu’est-ce que « Mike le War » me manque !

Qu’est-ce que « Mike Le War » te manque j’en suis sûr !

Et cette villa où nous nous retrouvions pour des échanges que nous qualifiions de stratégiques. Je me souviens de ces nuits, de nos réunions nocturnes, parfois jusqu’à 3 heures du matin, où, nous triturant les méninges comme des forcenés à la recherche de la meilleure stratégie, de la meilleure solution pour réintégrer Alassane Ouattara dans le jeu politique ivoirien dont il avait été complètement exclu. L’on nous servait le café jusque tard et ce, malgré, nous tombions de sommeil.

Rappelle-toi : l’année 2000 fut particulièrement rude pour nous. La répression était tout aussi féroce que maintenant.

Et dans cette situation dangereuse dans laquelle nous nous trouvions, nous avons pu travailler sans relâche pour faire en sorte d’impacter la vie publique, politique de notre pays.

Toi tu étais déjà un fidèle compagnon de l’actuel président Ouattara, dont tu étais le directeur de cabinet. Moi je venais de rejoindre sa cause en dépit des mises en garde et des reproches de mes camarades de la gauche politique ivoirienne, eux qui ne comprenaient pas que j’aille soutenir le persécuteur des étudiants de 1991 et le bourreau des libertés civiques et politiques en Côte d’Ivoire. Celui-là même qui, le 18 février 1992, avait emprisonné les leaders politiques tels que Laurent GBAGBO, Simone GBAGBO, Martial Ahipeaud, René Dégni-Ségui éminent professeur de droit. Ainsi Alassane Ouattara était traité de réactionnaire de droite.

Je me rappelle aussi les railleries et les moqueries que tu subissais de la part des grandes familles PDCI qui ne comprenaient pas que toi, le fils bon teint d’un baron du PDCI, tu ailles soutenir ce dernier quand le débat sur sa nationalité faisait rage. Et alors tu me disais : « Guillaume, je connais Ouattara. C’est un homme d’honneur et de parole. Jamais il ne nous fera regretter notre choix. Je le connais, c’est un homme de grande valeur ! Il transformera la Côte d’Ivoire pour le bonheur des ivoiriens ». Et moi je buvais tes mots. Je croyais en ce que tu me disais. Je me dois de te dire aujourd’hui que ces éloges que tu faisais sur Ouattara me permettaient d’argumenter face aux mises en garde de mes compagnons de la gauche !

A la date d’aujourd’hui, penses-tu que nous nous sommes trompés ?

Moi je suis perplexe et désorienté tant la métamorphose de l’homme est presqu’irrationnelle !

Mais je suis plutôt impatient de t’entendre sur le sujet.

Pourquoi l’annonce de ta démission ne m’a-t-elle pas surpris ? Ô que je te connais fort bien ! Sans te parler et sans que tu m’en parles, je le savais en mon for intérieur.

Oui, je te connais bien et je sais que c’est réciproque. En effet, nous avons appris à nous fréquenter et à consolider cette amitié, mais surtout cette confiance nécessaire, pour ce que nous avons fièrement accompli pour la Côte d’Ivoire. Nous avons ensemble affronté des dangers sur lesquels il n’est nul besoin de revenir. Tiens, si tout de même ! Te souviens-tu de cette nuit fatidique où toi, moi et un certain capitaine Gaoussou Soumahoro, depuis lors devenu général, avions failli nous faire canarder à Yopougon ? Nous revenions sur ses conseils, de présenter nos condoléances à la famille d’un soldat décédé. Nous nous sommes tapis dans la broussaille haletants, respirant à peine. La troupe qui était à nos trousses, fort heureusement, ne nous retrouva pas. Ce jour-là nous aurions pu perdre nos vies. Mais Dieu nous sauva. Cela me marqua à jamais. Mon estime pour toi s’est accrue face à tant de courage. J’avais désormais confiance, nous pouvions ensemble affronter tous les dangers comme si nous étions invincibles.

C’est à cette époque que toi et moi avions pris la résolution de faire tout ce qui était humainement possible pour que M. Ouattara devienne le Président de la République de Côte d’Ivoire. Mais restons tout de même modestes.

C’est alors qu’il a fallu affronter les dangers !

Que de misères, que de souffrances n’avons-nous traversées ! Que de douleurs vives n’avons-nous vécues ensemble !

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